Revue de presse

Le Gouffre de Vincent Le Port (Compétition Européenne / Programme 5)

L’un des courts métrages les plus longs du festival (50 minutes), Le Gouffre de Vincent Le Port, angoisse le spectateur à travers la disparition de cette petite fille sourde, mais c’est aussi une esthétique qui sous certains aspects fait penser étrangement à la Jetée de Chris Marker avec le choix du noir et blanc, une profondeur énigmatique. Pourtant c’est bien autre chose car Le Gouffre, comme son nom semble l’indiquer, est un mystère sans fond dans lequel se mêlent fantastique et religiosité. Cette œuvre nous donne à voir une métaphore de la chute, et de la perdition, après ces étapes difficiles …. On reprend toujours pied. A la faveur de fondus de toute beauté, nous nous trouvons capturés dans des plans fixes dans lesquels se déchaînent une nature sauvage et des jeux d’ombres et de lumières, suggérant le mouvement dans les méandres de ce gouffre. Image d’une déshumanisation et d’un cloisonnement social (comme durant le jeux d’ombre des fleurs et de la cabine téléphonique). Le moyen- métrage est marqué par le point de chute, l’élément qui change la donne, et qui est la découverte du tombeau, avant ce n’était qu’une disparition banale, sans intérêt certains. Ce voyage sur les plages bretonnes est également une peur constante dans la banalité d’un camping hanté par un monstre digne du Mr Merde de Léos Carax. La fin laissant échapper la pleine lune qui se dissipe comme un graffiti recouvert par un autre, comme une fleur qui se fane. Le gouffre est un cauchemar, un parcours initiatique dans la brume, avec un suspense lancinent qui mêle inévitablement croyances et superstitions.


Guillaume Serrano