Interview

Jérémie Laurent / Boniek et Platini


Bonjour, votre film BONIEK ET PLATINI fait partie de la sélection d’Un Festival c’est trop court dans la catégorie Compétition Européenne. Pouvez-vous nous éclairer sur votre dynamique d’écriture? Il me semble que vous concentrez votre travail sur les liens entre sport, cinéma et société...

Le match Mythique France Allemagne 1982 est un pivot car c’est à la suite de ce match que les enfants (du film) ont élaboré leur stratégie. Cela constitue une frustration pour moi de ne pas avoir pu voir le match. Comme on le dit dans certains ouvrages, il y a une force dramatique dans un match et on peut la rapprocher d’un film de cinéma. Ce match a une construction dramatique incroyable avec un retournement de situation, le mauvais selon lequel on se positionne. Cette succession de buts en l’espace d’une dizaine de minutes, cette faute qui est un cas d’école étudié d’ailleurs il me semble dans les fondations du football: cette faute monstrueuse du gardien Allemand sur Battiston qui est de l’anti jeu total. Je pars donc de l’histoire de la Pologne en 82 et de cet état de siège et finalement le match de 82 est cité aussi par rapport et surtout par rapport à cette force dramatique.


C’est donc par rapport à cette force dramatique que vous avez décidé d’aborder le match dans votre film ?

Tout à fait.


Pourquoi avoir tourné ce film en Pologne ?

Il s’agissait d’une obligation en rapport à un appel à projet lancé par le GREC (Groupe de Recherche et d’Essai Cinématographique) et qui s’appelle Paris-Varsovie et donc c’était la deuxième édition, un réalisateur français est invité à tourner à Varsovie et un réalisateur polonais est invité à tourner à Paris autre contrainte, un thème imposé, celui de la rue. La rue m’a inspiré l’état de siège puisqu’elle a été lieu de décisions et notamment de manifestations. La prise de pouvoir de l’armée avec des chars qui s’installent dans les rues. En ayant choisi mon époque et surtout mon année, je me rends compte que l’équipe de France et surtout l’équipe de Pologne brille et se retrouve face à un dilemme très intéressant. Quand l’équipe de Pologne arrive en demi finale, si on gagne, le peuple sera derrière nous, mais si on gagne on montrera aussi toute la grandeur du communisme mais bon ce n’est pas quelque chose que j’ai voulu explorer parce que j’ai adopté le point de vue des enfants. Cela se traduit par une caméra toujours très basse et par une certaine naïveté dans la mise en scène avec un temps qui est tantôt très resserré tantôt très dilaté, liberté dans les mouvements de caméra, dans le montage.


Un point de vue enfantin… vous avez parlé d’un lien avec la Pologne lors de votre prise de parole après le film. Est-ce que vous avez-eu ce lien plus jeune ou assez récemment ?

J’ai été musicien violoniste là bas il y a une dizaine d’années et aujourd’hui ma copine est Franco-Polonaise. Je vais régulièrement dans ce pays et quand j’ai vu cet appel à projet, je me suis dit qu’il fallait que je le fasse.


Etait-ce facile là bas au niveau du casting ? Avoir des gens qui parlent Français ?

Ca a été difficile parce qu’il fallait effectivement avoir ce petit garçon qui parle Français donc il y avait deux solutions : faire venir un petit garçon de France ou faire tourner un garçon de là bas. J’ai alors trouvé un petit garçon à Varsovie, pas Français mais Canadien et étudiant à l’école Française de Varsovie. Il fallait également que la mère Polonaise parle un peu Français mais avec un accent. Ce qui a été assez simple c’est que j’ai concentré mon casting autour de francophones, que ce soit pour les enfants ou pour la mère, mon casting est composé de Polonais mais tous francophones.


Et pour la direction ?

Ce n’était pas si simple parce que l’équipe technique n’était pas forcément francophone alors ça se passait en Anglais. De même pour celui qui joue le petit cousin, il comprenait un peu l’anglais mais il y avait une traductrice de temps en temps.


Ce n’était donc pas un casting mis à disposition dans le cadre du projet ?

Non il fallait justement le constituer.


En ce moment êtes-vous sur de nouveaux projets en France ? En Pologne ? Les deux ? Ailleurs ?

J’ai fini un autre court métrage il y a peu de temps le sujet du film n’a rien à voir, il s’agit de l’alcoolisme et de la solitude en campagne. J’aimerais poursuivre des projets en Pologne. J’ai tourné un documentaire dont je finis le montage, en auto production, a propos de la transmission et de l’enseignement musical d’été qui est un passage incontournable quand on est musicien. Cela existe dans le monde entier.

Je suis très content que mon film ait été sélectionné et diffusé ici à Nice.


Un mot pour le clap de fin ?

Un seul ? Résistance


Merci à vous

Merci

Patrice Pennont